Le consultant qui reprend les fiches techniques d’une brasserie, paramètre une caisse ou monte le dossier d’ouverture d’un hôtel finit par envoyer une facture. Trois en-têtes sont possibles. Les charges changent, les formalités aussi, et ce que l’établissement signe en face n’est pas le même document.
La micro-entreprise encaisse un chiffre d’affaires et paie un pourcentage dessus. La société de conseil crée une personne morale, avec sa comptabilité et ses comptes déposés. Le portage salarial laisse au consultant un contrat de travail et un bulletin de paie, contre un pourcentage prélevé par la société de portage. Le régime se choisit sur le volume facturé, sur la nature exacte de la prestation et sur une contrainte que les comparatifs oublient : ce que le café, l’hôtel ou le restaurant qui reçoit le consultant a le droit de commander.
Trois régimes pour la même journée d’intervention
| Micro-entreprise | Société de conseil | Portage salarial | |
|---|---|---|---|
| Ce qui est prélevé | 25,6 % du chiffre d’affaires encaissé | cotisations sur la rémunération versée, en TNS ou en assimilé salarié | cotisations patronales et salariales, plus les frais de gestion |
| Formalités | déclaration en ligne, aucun bilan | comptabilité, bilan, comptes déposés au greffe | aucune structure à créer, un contrat de travail à signer |
| Prestations admises | toutes | toutes | l’intellectuel, et une tâche occasionnelle chez le client |
| Ce qui reste au consultant | le solde après cotisations et impôt, sans assurance chômage | salaire, dividendes, sans assurance chômage | un net de salarié, avec chômage et retraite du régime général |
Les trois colonnes ne se lisent pas de front. Un pourcentage de chiffre d’affaires porte sur tout ce que l’établissement a versé ; un pourcentage de salaire brut, sur ce qui subsiste une fois la société de portage servie. Mettre 25,6 % en face de 22 % n’apprend rien tant qu’on n’a pas dit sur quoi.
Un point commun, tout de même. Aucun des trois ne fait entrer le consultant dans la convention collective des hôtels, cafés, restaurants : ni la grille de salaires, ni l’avantage en nature nourriture, ni les majorations de coupure ne le concernent. Le repas pris en cuisine à midi ne se déclare nulle part.
La micro-entreprise s’arrête à 83 600 €, la TVA arrive à 37 500 €
Deux plafonds gouvernent ce régime, et le second tombe bien avant le premier.
Celui de la micro-entreprise se lit sur le chiffre d’affaires perçu : 83 600 € en 2026 pour les prestations de services, commerciales comme libérales. Il valait 77 700 € de 2023 à 2025, et c’est encore ce montant qui circule dans la plupart des pages consacrées au sujet.
Le conseil relève des bénéfices non commerciaux, en libéral non réglementé. Le taux de cotisations sociales y est passé à 25,6 % du chiffre d’affaires encaissé au 1er janvier 2026, dernière marche d’une hausse étalée sur trois ans. Un audit facturé 4 000 € laisse donc 2 976 € avant impôt, et l’impôt se calcule ensuite sur 66 % des recettes, l’abattement forfaitaire de 34 % tenant lieu de frais professionnels.
Le seuil qui arrive en premier est ailleurs. La franchise en base de TVA s’arrête à 37 500 € de chiffre d’affaires l’année précédente, avec une tolérance jusqu’à 41 250 € en cours d’année. Le seuil unique de 25 000 € issu de la loi de finances pour 2025 a été abandonné, et les montants sont reconduits en 2026. Sur une base de 500 € la journée, la bascule tombe à la soixante-quinzième journée facturée, soit moins de la moitié du plafond de la micro.
En CHR, cette bascule pèse moins qu’ailleurs. L’établissement client est lui-même assujetti : la TVA qu’il paie sur la prestation, il la récupère. Elle transite, elle ne renchérit pas la mission. Le consultant gagne au passage le droit de déduire celle de ses propres achats, que la franchise lui interdisait.
Reste l’abattement forfaitaire, que la micro-entreprise ne rattrape jamais. Les 34 % remplacent les frais réels, quels qu’ils soient. Un consultant qui passe trois nuits par semaine à l’hôtel pour suivre l’ouverture d’un établissement à deux cents kilomètres de chez lui déduit 34 %, pas ses nuits.
La société de conseil paie sa déductibilité en comptabilité
L’EURL et la SASU répondent au même besoin par deux régimes sociaux opposés. Le gérant majoritaire d’EURL est travailleur non salarié : il cotise sur son revenu professionnel, à un taux global plus faible qu’un salarié, et sa retraite s’en ressent. Le président de SASU est assimilé salarié : bulletin de paie, régime général, un coût nettement supérieur à rémunération nette égale. Aucun des deux n’ouvre de droits à l’assurance chômage.
En échange, tout ce qui sert l’activité se déduit du résultat : déplacements, nuitées, matériel, formation, assurance professionnelle. Le prix se compte en obligations comptables, avec un bilan, des comptes déposés au greffe et la TVA dès le premier euro. Le forfait de l’expert-comptable, lui, se paie aussi les années creuses.
Le portage salarial laisse un bulletin de paie et prend un pourcentage
Le portage n’est pas une micro-entreprise aménagée. L’article L1254-1 du code du travail le définit comme un ensemble à trois : le consultant signe un contrat de travail avec une société de portage, cette société signe un contrat commercial avec l’établissement, et c’est elle qui facture, encaisse et verse un salaire.
Le consultant reste pourtant celui qui trouve ses missions. L’article L1254-2 l’exige : il justifie « d’une expertise, d’une qualification et d’une autonomie qui lui permettent de rechercher lui-même ses clients et de convenir avec eux des conditions d’exécution de sa prestation et de son prix ». Le même article ajoute que la société de portage n’est pas tenue de lui fournir du travail. Le contrat donne un statut, pas un carnet de commandes.
Entre la facture et le salaire, trois prélèvements s’enchaînent : les cotisations patronales, les cotisations salariales et les frais de gestion de la société de portage. Ces derniers n’ont aucun barème public. Chaque société publie sa propre grille, souvent dégressive à mesure que le chiffre d’affaires apporté grossit, et l’article L1254-15 se borne à imposer que le contrat de travail dise comment ils se calculent. D’où la place prise par un simulateur de portage salarial au moment de négocier : le consultant y remonte la chaîne du tarif journalier jusqu’au net perçu, puis compare deux grilles sur le même chiffre.
S’ajoute une indemnité d’apport d’affaire, que l’article L1254-9 fixe à 5 % de la rémunération faute d’accord de branche. Et un compte d’activité, tenu pour chaque porté et communiqué tous les mois : il y lit ce que l’établissement a versé, ce qui a été prélevé, ce qui reste. Ni la micro ni la société ne produisent ce relevé.
Depuis le 28 mai 2026, l’article L1254-27 subordonne l’exercice de l’activité à l’obtention préalable d’une garantie financière, qui couvre les salaires et les cotisations en cas de défaillance. La loi du 26 mai 2026 a supprimé la déclaration administrative qui suffisait jusque-là.
L’établissement qui fait venir un porté engage sa propre responsabilité
Les comparatifs de statuts écrivent pour le consultant. Le texte, lui, s’adresse d’abord à celui qui commande la mission.
Article L1254-3 du code du travail, en vigueur depuis le 4 avril 2015.
Deux cas, et deux seulement. La cuisine d’un restaurant relève de son activité normale et permanente : un cuisinier qui vient assurer des services ne peut pas y venir en portage salarial, quelle que soit la façon dont la mission est habillée. Le renfort ponctuel en cuisine ou en salle a son propre contrat, le CDD d’usage, avec ses conditions et son risque de requalification. L’audit d’un ratio de coût matière, le paramétrage d’un logiciel de caisse certifié ou la conduite d’un dossier d’ouverture, en revanche, correspondent à une expertise dont la maison ne dispose pas.
L’amende ne vise pas que la société de portage. L’article L1255-16 punit de 3 750 € l’entreprise cliente qui recourt à un salarié porté hors des cas prévus, et la récidive de six mois d’emprisonnement et de 7 500 €.
La prestation est bornée par ailleurs. Elle ne peut pas excéder trente-six mois chez le même client, ce qui exclut le consultant installé à demeure dans un groupe hôtelier. Elle ne peut ni remplacer un salarié dont le contrat est suspendu par un conflit collectif, ni porter sur des travaux classés dangereux.
Le contrat commercial, enfin, n’est pas un devis contresigné. L’article L1254-23 lui impose une liste de mentions, dont le prix convenu, le terme de la prestation et l’identité du garant financier. Une autre pèse plus lourd : elle met à la charge de l’établissement la santé, la sécurité et la durée du travail du consultant tant qu’il est sur place. Le contrat se signe dans les deux jours ouvrables suivant le début de la mission.
Le minimum conventionnel pose un plancher sous le tarif journalier
Le portage a son propre salaire minimum, et il se lit en pourcentage du plafond de la sécurité sociale. La convention collective des salariés en portage salarial du 22 mars 2017 fixe ce revenu minimal brut par échelon de classification. Son article 21.3, réécrit par l’avenant n° 12 du 20 décembre 2022 et étendu par arrêté du 10 juillet 2024, retient 63 % pour un porté de premier niveau, 70 % pour un junior, 75 % pour un senior et 85 % pour un expert.
Rapportés au plafond mensuel de 2026, 4 005 €, ces pourcentages donnent 2 523,15 € bruts au premier échelon et 3 404,25 € au dernier, pour un temps plein. Ce revenu minimal englobe le salaire de base, les congés payés et la prime d’apport d’affaire : il ne se compare pas à un salaire nu. S’y ajoute une réserve de 10 %, versée en indemnité de précarité au terme d’un CDD, mise de côté sur le compte d’activité en CDI.
Le plancher remonte mécaniquement vers le tarif journalier. Un mois plein de mission doit couvrir ce brut, les cotisations patronales assises dessus et les frais de gestion : en dessous d’un certain prix de journée, le montage ne boucle pas et la société de portage refuse le dossier. Les périodes sans prestation, elles, ne sont pas rémunérées ; l’article 21.3 le précise noir sur blanc.
La classification ne se lit pas sur un diplôme. Elle décrit le niveau d’initiative, de responsabilité et de complexité de la prestation négociée. Un ancien chef de cuisine dont le dernier titre est un CAP relève de l’échelon senior dès lors que la mission exige une expérience acquise dans le même domaine et des compétences à forte valeur ajoutée.
Ce qui fait basculer d’un régime à l’autre
Le volume tranche en premier. Sous le seuil de TVA, la micro-entreprise ne coûte presque rien à administrer et absorbe des honoraires irréguliers sans les pénaliser. Au-dessus, l’écart de charges se resserre et les frais réels finissent par compter davantage que la simplicité, ce qui ramène la société dans la discussion.
Vient la durée. Trente-six mois chez le même client bornent le portage ; ni la micro ni la société n’ont d’horloge. Un consultant qui travaille pour un même groupe pendant une décennie ne peut pas rester porté chez lui.
L’assurance chômage, elle, ne se trouve nulle part ailleurs. Le porté cotise au régime général et ouvre des droits entre deux missions, quand le gérant d’EURL, le président de SASU et le micro-entrepreneur n’en ouvrent aucun. Pour qui sort d’un poste de directeur d’exploitation et teste le conseil pendant dix-huit mois, l’argument emporte souvent tout le reste.
Une dernière contrainte vient de celui qui commande. Au-delà de 5 000 € hors taxes sur un même contrat, l’établissement doit se faire remettre tous les six mois une attestation de vigilance de l’URSSAF, sous peine d’être tenu solidairement des cotisations impayées de son prestataire. Les trois régimes la produisent. Face à un service achats de chaîne hôtelière, c’est parfois cette seule ligne administrative qui tranche.
- Articles L1254-1 à L1254-31 du code du travail, Legifrance
- Articles L1255-14 à L1255-18, dispositions pénales, Legifrance
- Avenant n° 12 du 20 décembre 2022, convention collective du portage salarial, Legifrance
- Régime micro-social et franchise en base de TVA, Entreprendre Service Public, 1er janvier 2026
- Plafonds de la sécurité sociale, URSSAF